FREELANCE. SALARIAT. CHÔMAGE. LA QUESTION DU RISQUE.

S’il est bien une réaction unanimement connue par les indépendants de la part des réticents, c’est bien celle-là : c’est trop risqué ! Mais t’as pas peur ? Et comment tu feras si ça ne marche pas ? Tu n’as pas droit au chômage tu sais ?…

Oui on sait  ! On le sait même très bien. La question du risque est au coeur du quotidien des indépendants, et le risque fait partie du jeu comme dans toute aventure entrepreneuriale. C’est aussi ce qui est excitant, car au delà de l’échec possible, qui dit risque dit aussi possible gain et réussite. D’ailleurs, vue sous cet angle, on pourrait aller jusqu’à penser que la question du risque est même un levier de motivation pour ceux qui osent mener leur carrière hors du cadre traditionnel du salariat.

ABORDER LA QUESTION DU TRAVAIL, AUTREMENT
Le travail subit une période de mutations profondes et l’explosion du nombre d’indépendants en est un des premiers reflets. De nouvelles façons de travailler pour une nouvelle économie qui impliquent de repenser de fond en comble notre vision du travail et ses conditionnements, bien ancrés, dont celui du salariat.

Tu dois avoir de bonnes notes à l’école. Tu dois suivre un parcours académique statutaire et avec des débouchés prometteurs. Tu dois faire un stage dans une entreprise en bonne santé et y décrocher un C.D.I. Tu graviras alors les échelons pour réussir. Évidemment, sortir de ce schéma, peut faire naître des conflits. Nos propres conflits, liés à notre niveau de conditionnement, et des conflits liées aux réactions des autres, la société. Difficultés. Précarité. Fantasmes. Impossibilité. C.V.

Alors disons le clairement : se lancer est risqué. Oui. Mais le salariat est-il une solution sans risque ? La différence entre le risque encouru en tant que salarié est-il si faible pour que celui encouru en indépendant fasse si peur ? Peut-être pas tant que ça.

Si le raisonnement qui suit peut étonner, est-ce réellement lié à ce qu’il expose ou à plutôt à sa posture à contre-courant de nos conditionnements ? 

  • Est-il si simple de trouver un emploi stable, intéressant, rémunérateur et sécurisant ?

  • Est-il si fréquent que C.D.I. soit synonyme de longévité ?

  • N’est-il pas risqué d’accepter un CDI après un ou deux entretiens d’une heure tout au plus ?

  • N’est-il pas risqué d’accepter passer toutes ses journées, toutes ses semaines, toutes ses années avec des personnes qu’on ne connaît pas encore ?

  • N’est-il pas risqué d’accepter de faire un travail dont on ne connaît qu’une succincte fiche de poste ?

  • N’est-il pas risqué d’affirmer être motivé pour travailler du lundi matin au vendredi soir dans un lieu imposé ? Avec des voisins dont on ne connait pas encore la personnalité (ni le volume sonore) ?

  • N’est-il pas risqué d’accepter se subordonner à un supérieur dont on ne connaît pas le caractère, les motivations ni le style de management ?

Et le harcèlement ? Et les mises au placard ? Et les discriminations ? Et les burn-out ? Et les licenciements économiques ? Et les licenciements abusifs ? Et les manipulations ? Et les injustices ? 

Il est finalement aussi simple d’effrayer en parlant de salariat que d’indépendance. Est-ce que l’un est mieux ou pire que l’autre, là n’est pas la question. Et si le trait est volontairement grossi dans cette énumération des risques encourus en signant un C.D.I., alors il l’est tout autant lorsqu’il est question du risque du travail en freelance.

ET LE CHÔMAGE ? 
Reste un point en suspens, c’est vrai. Un autre type de risque, celui du droit au chômage. Parce que non, pour les indépendants ce droit n’existe pas. Et le sujet est plus que jamais d’actualité. La question est actuellement à l’agenda du gouvernement et les hypothèses les plus diverses sont étudiées. Car le sujet soulève beaucoup de questions mécaniques : quelles conditions d’accès ? Quels taux de cotisations appliquer ? Quelle durée et quel montant d’allocation ? etc etc
Transformer le chômage en assurance universelle, et donc garantir son accès aux indépendants, était une des grandes promesses du candidat Macron. La réalité permettra-t-elle a notre gouvernement de la réaliser ? Notre société a-t-elle les moyens d’assurer l’intégralité de sa population active ? Les indépendants sont-ils prêts à cotiser pour s’assurer ?

Alors que la prise de risque est indéniablement un moteur et une source de créativité, est-il possible de couvrir ce risque sans perdre la dynamique entrepreneuriale ? Freelancing et assurance chômage sont-ils compatibles ? Cette diminution du risque engendrerait-elle une accélération des transformations que nous vivons en incitant les salariés à se lancer ?

Autant de questions qui nourriront très probablement nombre de conversations dans les semaines à venir lorsqu’il s’agira de comparer (une fois de plus) le risque de l’indépendance Vs celui du salariat.

SOTØ s'associe aux acteurs majeurs du freelancing en France pour lancer une grande enquête nationale sur la question du droit au chômage des indépendants. Nous avons besoin d'un maximum de réponses pour porter le plus exhaustivement possible la voix de tous les indépendants auprès des pouvoirs publics qui travaillent actuellement sur la question.

Pour répondre, c'est par ici : www.chomage-independants.fr

johann ouaki